Gió Le vent
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Nous aimions autrefois le vent porteur de feuilles, il gonflait vers nos fronts les parfums de l'été, il était une main qui disperse ou recueille d’accord avec notre vie et notre volonté. Maintenant il ne sait que siffler aux serrures glaçant comme un couteau le cou des prisonniers et refoulant les cris dans les pauvres figures pour nourrir le silence et la nuit des cités. Ah! De tant de douleur dominée, tout à coup la bouche sent monter le sel noir et le sang; mais vous qui retenez l'espoir entre vos dents le regard agrandi par l’aurore future, pardonnez à tous ceux qui parleront de vous! Les mots que vous n’avez pas dits sous la torture par la voix des vivants se répandent en haine , une vague de plus pour chaque homme qui meurt s'échappe et descendant à travers les barreaux va grossir lentement les nappes souterraines qui feront sauter l'ombre et le mur des tombeaux. Et c'est le même vent qui cogne à nos prisons, le vent qui déchira les feuilles de l'amour, c'est lui qui coule en nous ce fleuve de clameurs et garde le secret de toutes nos saisons. Il reviendra demain s’enrouler pour toujours dans les cheveux de l'eau sur nos mains délivrées, dispersant le brouillard des fantômes du jour, quand hurleront de joie les hautes cheminées -quand monteront dans l'air tranquille nos fumées.
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